Villes rebelles

07.06.2014

Editions du Sextant
Da Redação

En juin 2013, une série de manifestations enflamme les rues de nombreuses villes du Brésil, pour la première fois de son histoire, et à la grande surprise du monde occidental. Le Mouvement pour le Transport Gratuit en manifestant contre la hausse des tarifs des transports publics déclencha ce soulèvement. Inspiré dans sa forme par l'ouvrage Occupy Wall Street, ce livre publié en juillet 2013, à chaud, rassemble les textes d'une vingtaine d'auteurs brésiliens et anglophones (urbanistes, sociologues, journalistes,...)(S.Zizek, D. Harvey, Mike Davis). Une approche multiple, éclairante, qui ouvre des perspectives concrètes aux citoyens des sociétés démocratiques contemporaines.

Ci-dessous, la traduction de la couverture de la version originale.


En deux semaines le Brésil dont on disait qu'il avait réussi – ce pays qui a vaincu l’inflation, intégré les exclus, qui est en train d’éradiquer l’extrême pauvreté et est un exemple dans le monde – a été remplacé par un autre pays, dans lequel le transport collectif, l’éducation et la santé publiques sont un désastre et dont la classe politique est une honte, sans parler de la corruption. Laquelle des deux versions est la bonne ? Il est évident que tous ces défauts existaient déjà avant, mais ils ne semblaient pas primordiaux ; et il est évident que les mérites du nouveau Brésil sont toujours là, mais on dirait qu'ils ne donnent plus le la. L’esprit critique, qui était démodé, pour ne pas dire hors sujet, a pu maintenant re-émerger. L’énergie des récentes protestations, dont nous mesurons encore peu la dimension populaire, a levé le voile et rééquilibré le jeu. Peut-être redonne-t-elle à notre société le sens de la réalité et l'agilité critique. Sans parler de l’humour, que dans les grands moments nous avons toujours su garder.

Roberto Schwarz


Deux semaines de rébellion urbaine qui ont changé l’histoire politique du Brésil ? La victoire populaire la plus rapide, significative et surprenante dont on ait jamais entendu parler dans notre pays ? Ce ne sont pas les manifestants les plus engagés qui le disent, mais la grande presse elle-même qui l'avoue, dans un rare et unique moment de perplexité. D’ici au prochain round, quand d’autres acteurs entreront finalement en scène, nous saurons si les Journées de Juin ont effectivement commencé à briser le consensus entre la « droite » et la « gauche » à propos du modus operandi du capitalisme au Brésil. Il y a vingt ans, le pays est devenu une gigantesque fabrique du consentement, car nous nous sommes tous attelés à nous laisser rouler. Touchons-nous le fond ? C’est ce que suggère le dérapage historique qui a déclenché tout le processus. Pour la première fois, la violence héritée de la dictature – et la « démocratie », en enfermant la politique dans l’appareil politico-judiciaire, l'a développée – pour une raison ou pour une autre, n’a pas fonctionné. Un seuil a clairement été franchi. Il reste à savoir lequel, et vite. A quoi tout cela va-t-il mener ? «C'est déjà là », m’a dit l’autre jour un chauffeur de taxi.

Paulo Eduardo Arantes